Reconnaître les styles de dorures?
Le
Moyen-Age (VIIIe au XVIe) : le style est "primitif" et emploie des
figures géométriques, entrelacs et lignes diagonales ; en sont exclus
tout feuillage et végétaux, ceci durant la période du VIIIe au Xe
siècle.
Du Xe au XIe siècle : des animaux
chimériques (dragons et animaux fantastiques….) sont
ajoutés peu à peu aux courbes.
Le
XVe siècle : lierre, vigne, nénuphar, houx,
marguerite…, sont des éléments essentiels dans la
décoration des livres.
Le style Gothique, ou l’apogée du Moyen-Age

Jusqu’au
XIIe, le cuir n’est pas le support de la décoration de reliure en
raison de sa médiocre qualité. Le bois sculpté décoré cohabite avec les
reliures d’étoffes et d’orfèvrerie.
Au cours du XIIIe, l’affinement des ais de bois permet aux différents cuirs de s’imposer.
Le style monastique, on définit par ce terme l’ensemble des fers ou plaques utilisés au Moyen-Age.
La
Renaissance, XVIe siècle : l’art a plus progressé qu’au cours des dix
siècles antérieurs, la feuille d’or venue d’orient parachève
l’évolution technique du Moyen-Age et Venise est le berceau de nouvel
art. Le premier exemple français semble dater de 1494.
Le style Alde connait son apogée vers 1530, mais reste très présent jusqu’au dernier tiers du XVIe.

(fleurons style Grolier)
Fleurons Alde évidés

Les tranches antiquées
Le
travail de décoration des tranches est obtenu avec un petit burin dont
le motif, répété l’un à côté de l’autre, forme un dessin et est
incrusté dans les feuillets du livre, à l’aide d’un marteau, comme
cela, du reste, se fait encore aujourd’hui. Plus tard, c'est-à-dire
vers la fin du XVIe siècle, des relieurs moins artistes et moins
scrupuleux ont, par économie de temps et d’argent, remplacé les
tranches antiquées au burin par des compositions entières gravées et
appliquées en une seule fois.
Fanfares et semis, fin XVIe :
L’expression
est postérieure aux créations qui débutent durant la dernière moitié du
XVIe. En 1829, Thouvenin reprend ce style de décors à la demande de
Charles Nodier sur un ouvrage de 1613.
Le terme
reste pour ces créations de compartiments géométriques et symétriques,
ornant plat et dos délimités par des filets doubles et constellés de
petites branches de feuillages en elles-mêmes très fines et légères ;
mais dont le foisonnement peut laisser une impression, sinon de
confusion, du moins de recherche de l’extrême détail. Une famille de
relieurs, les Eve sont la source de ce style ; il opère la transition
vers le XVIIe.
Les semis, principalement sur les livres des souverains. (ci-dessous Henri III)
Dos à la grotesque, c’est la répétition harmonieuse d’un seul motif.
Fers le Gascon (ci-dessous).
Les
tortillons et les fers le Gascon s’intégrent aux décors à la fanfare,
les tortillons sont les motifs privilégiés des dos à la grotesque.
Les
décors à l’éventail, les fleurons sont inscrits dans des cadres
géométriques.
Au
centre du plat un cercle complet auquel répondent aux angles des quarts
de cercle. A un éventail entièrement ouvert s’opposent des quarts
d’éventails.
Les décors à encadrement, improprement dits à la
Duseuil ; il s’agit d’une bizarrerie de l’histoire : le relieur
Augustin Duseuil est né en 1673, il a exercé au XVIIIe siècle ; ce type
de reliure qualifie des décors apparus dès le début du XVIIe siècle.
Le
plat du livre reçoit un encadrement de trois filets parallèles,
l’intervalle entre chaque est asymétrique ; et aux quatre coins du
cadre est poussé le même fleuron en direction des angles réels du livre.
Quelques fleurons XVIIe.
Quelques uns d’angles
Roulettes
Les dentelles, le XVIIe

La première réalisation est due à Luc-Antoine Boyet, relieur de l’imprimerie Royale.
Les reliures Jansénistes, le vide est de rigueur, seul le titre est présent ; les plats et le dos sont vierges.
Le style Régence, le XVIIIe.
On
y recherche la légèreté, l’équilibre et la délicatesse ; on y trouve
des visages féminins, des animaux (colombes, dauphins,..) ; des jardins
fleuris, des thèmes de chasse et de pêche….de la rocaille.
En
fait, la dominante caractéristique est l’intégration des thèmes
floraux. C’est la période de Le Monnier, Pasdeloup, de Derôme et de son
fer à l’oiseau. Mais la seule innovation est l’apparition des décors
mosaïqués, les relieurs précédemment cités s’y sont essayés.

(quelques fers à l’oiseau)
Le
XVIIIe est quelque peu en panne d’inspiration et nous voyons apparaitre
le style Anglais qui se prolonge sous le Directoire et la Restauration.

La
révolution : Elle rompt avec le passé et est promesse d’avenir, mais
destructrice des œuvres anciennes telles les armoiries, dorures et même
des livres ; d’où les armes grattées sur des ouvrages que l’on peut
trouver aujourd’hui. Plus de reliures de luxe, il ne reste que les
travaux courants dont les décors sont très simples dans leur conception
: l’art officiel domine.
L’empire
: le Consulat et l’Empire ne renient pas les grandes et glorieuses
civilisations disparues ; palettes grecques et lauriers sont de
rigueur, couronnes de roses nouées d’un mince ruban flottant d’allure
sévère.

C’est
la période des frères Bozérian, peu enthousiastes de l’art officiel ;
Ils y créent les dos sans nerfs, les petits fers noyés dans des fonds
pointillés : ils amorcent le style romantique.
Le style Romantique : moment fort du XIXe.
Quelques fers restauration (1815-1830)

Décors
de type "cathédrale" : La dorure à la plaque facilite grandement la
tâche (la célèbre maison Gruel en a gravé d’une incroyable finesse)
Quelques roulettes romantiques.

Les pastiches, seconde moitié du XIXe ;
Pour
tous les arts les créations sont totalement axées sur le passé. La
dorure s’inspire alors de tous les styles français, mais aussi Chinois
et japonais.
Les dorures croissent en nombre ; notons aussi que
la plupart des fleurons anciens qui peuvent encore exister de nos jours
furent gravés à cette époque très active. Les plaques antérieures au
XIXe siècle sont supérieures en épaisseur au 6.5mm/7mm imposés par
l’industrialisation de la dorure.
Les fers, quand à eux,
possèdent sur la tige un renflement ; c’est donc un moyen de vérifier «
l’authenticité » des plaques et fleurons réellement anciens.
Le
retour à la créativité, avec l’atelier de Marius-Michel (le père était
le doreur de Capé) qui s’illustra par la qualité, mais aussi par ses
conceptions valorisant la flore et le feuillage ; les mosaïques souvent
serties de filets annoncent le XXe siècle.

Le XXe siècle, l’art déco, 1925

Pour en savoir plus , et les ouvrages consultés pour cet article :
-Julien Fléty-La gravure des fers à dorer, Technorama. 1984
-Pascal Alivon-Styles et modèles. Guide des styles de dorure et
de décorations des reliures. Arnoville, 1990, isbn : 2950453902
-Henri Béraldi-La reliure du XIXe siècle
-Ernest Roquet-Thoinan-les relieurs Français 1500-1800
-Louis-Marie Michon-Les reliures mosaïqués du XVIIIe
-Léon Gruel-Conférences sur la reliure et la dorure des livres, 1896
Article rédigé par Xavier
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