Quelques définitions :
Côté
chair : Face intérieure de la peau qui
adhérait à la chair de l'animal.
Côté opposé à la fleur
Côté fleur :
Face extérieure de la peau qui portait le poil de l'animal.
Sur cette
face se situent les follicules aidant à l'identification des
peaux. On
utilise également le terme "côté poil."
Follicule : Petite formation arrondie au
sein d'un tissu, d'un organe, délimitant une
cavité ou une substance particulière
Tan : Ecorce de chêne
pulvérisée utilisée pour la
préparation des cuirs
Sumac :
Mot Français d'origine Arabe, arbuste aux nombreuses
variétés; sumac
des teinturiers, des corroyeurs, vénéneux,
radicant, vernis du Japon
(fournissant une gomme-résine utilisée pour les
vernis, la tannerie,
etc.)
Noix de galle : Excroissance riche en tanin
de la galle du chêne, utilisée pour la fabrication
de teintures et d'encres.
Tannage :
est l'opération qui consiste à transformer la
peau en cuir grâce à des
tanins, substances de différentes natures
(végétale, minérale comme les
sels de chrome, organique) qui permettent de passer d’une
peau
putrescible, sensible à l’eau chaude et
très hydratée à une matière
imputrescible, résistante à l’eau
chaude et peu hydratée. La
transformation des peaux se fait par les tanneurs quand il
s’agit de
vachette, de veau, de croco ou d’autruche… et par
les mégissiers pour
la chèvre et le mouton.
Galuchat : nom de l'inventeur,
décédé en 1774, obtenu
après traitement de la peau de certains poissons
sélaciens (squales, raie)
Alun :
Sulfate double de potassium et d'aluminium hydraté,
utilisé en
teinture, mégisserie, médecine (astringent et
caustique). L'alun est
tiré en partie de l'alunite
Comme pour les papiers, il y a une hiérarchie entre les
cuirs , dont voici les principaux:
1 - Le maroquin
Un maroquin
2 - Le veau blond
3 - Le veau granité
4 - Le veau de couleur (violet, bleu)
5 - La basane
6 - Le cuir de Russie
7 - Le galuchat
Le
mouton est communément appelé Basane. A l'
origine ce terme désignait
seulement le mouton tanné au tan (écorce de
chêne). Aujourd'hui tannées
au sumac ou à la noix de galle. Sa fleur est unie, mais on y
décèle des
pores visibles et espacés; c'est une peau peu solide,
à chair lâche,
pour reliures ordinaires; elle a diverses présentations :
Mouton mat, de teinte uniforme

Un chagrin
Mouton bigarré,
raciné, moucheté, suivant l'aspect du coloriage.
Mouton chagriné et maroquiné, avec grainage
artificiel à l'imitation de la chèvre (convient
surtout à la reliure industrielle).

Mouton (Basane)
Peau
sciée, s'obtient par le dédoublage en deux, trois
ou quatre d'une peau
pleine, en général de mouton. Le
côté fleur est plus solide. Elle sert
particulièrement aux pièces de titre, et, pour
cet usage, est striée en
largeur. Le côté chair, teint, en vert, s'utilise
pour les coiffes de
registre.
Agneau-velours, préparé pour être
utilisée côté chair, en "daim"
Agneau-velours
La
chèvre a une fleur à grains et une chair
serrée beaucoup plus
résistante que celle du mouton, elle convient au travail de
qualité;
suivant les espèces, son grain peut-être rond,
carré, du Levant, ou
long après un traitement particulier.
Les peaux sont différentes :
Chagrin, chèvre de nos pays, la plus commune, à
grains assez petits.
Chèvre Madras, d'origine exotique (Inde), très
appréciée pour son petit grain
régulier et serré. Se polit très bien.
Maroquin,
a très gros grain, peau épaisse provenant
d'animaux de grande taille.
Importé naguère du Cap (Afrique du Sud) ou du
Levant, il est réservé à
la reliure de luxe; plus tard un maroquin à grain long
d'origine
anglaise, plus mince et plus facile à traiter tout en
conservant une
grande qualité aura tendance à le supplanter.
Maroquin à
gros grain
Chèvre
à grain long, (en chagrin ou maroquin aminci,
passé au laminoir et
présentant un grain allongé artificiel)
réservé à la reliure de luxe.
Chevreau,
plus fine que le Maroquin et à grains peu
marqués. Elle convient à des
plats auxquels on veut donner une certaine souplesse.
Oasis, chèvre du Niger à grains
irréguliers, à l'épiderme
élastique.
Le veau.
Peau
solide, à fleur très lisse et mate,
légèrement satinée, souvent
veinée;
On peut la rendre polie et brillante, beaucoup plus fine que celle du
mouton; Elle sert aux reliures de qualités et est assez
délicate à
travailler. Il existe plusieurs formes de veau
en reliure :
Le
box, peau de veau tannée au chrome (et non selon le
procédé du tannage
végétal pratiqué avant 1890). Le box
offre une surface lisse, souple et
brillante qui convient à la confection de reliure de luxe.
C'est le
seul cuir imperméable.
Un box
Le veau glacé, aspect
lisse et luisant obtenu par pressage.
Un veau raciné
Le
veau granité, la surface est criblée de
très petites tâches noires
rapprochées. La basane et le vélin pouvaient,
particulièrement, au
XVIIe siècle, recevoir le même traitement.
Chagrin
écrasé
Le veau velours : peau
chamoisée, extrêmement souple, très en
vogue actuellement pour doubler les reliures de luxe.
Le veau porphyre, peau à l'image du marbre de même
nom, a été semée de fines
tâches de diverses couleurs.
Le
veau raciné, peau ornée de veinures rappelant en
principe des racines,
mais ressemblant plus souvent à des planches de bois
sciées dans le
sens des fibres. La marbrure est obtenue selon différentes
recettes
utilisant des teintures et des produits chimiques souvent corrosifs.
Un veau
estampé à froid
Le veau jaspé, a
l'apparence du jaspe qui est une pierre colorée en brun,
rouge ou vert.
Un veau
jaspé
Le Parchemin.
Il
provient ordinairement du mouton (de chèvre ou de veau).
L'origine du
mot est "Pergame", ville d'Asie mineure renommée dans
l'antiquité pour
la préparation spéciale des peaux
destinées à l'écriture. Il a un
aspect blanc et translucide. On l'a utilisé à
toutes les époques pour
recouvrir les livres.
Côté chair il ressemble à du papier,
côté
fleur on distingue les pores et des veines de la peau. Pour la reliure
on préfère les plus minces. Se méfier
des peaux plastifiées dans
lesquelles sont imprimés de faux grain.
Mais le parchemin n'est pas
à proprement dit un cuir, puisqu'aucune espèce de
tannage ne fait
partie de sa préparation. On appelle ainsi toute peau qui a
été
simplement nettoyée, épilée,
débarrassée des parties inutiles, enfin
étendue, égalisée et
desséchée.
Le Vélin.
Il se présente
comme un parchemin de belle qualité. Le vélin
provient du veau (très
jeune, ou mort-né) ou de la chèvre. Dans le
parchemin et le vélin, le
coté chair est plus lisse que le coté fleur; ce
dernier plus dégraissé,
se prête mieux à la décoration
(peinture, enluminure, dorure ou
mosaïque).
Un vélin
Le
vélin souple, répandu au XVII et XVIIIe
siècle en Europe occidentale et
particulièrement en Italie. La peau de vélin
n'était pas collée sur
carton, elle était fixée au dos et seulement
doublée de papier sur les
plats.
La peau de truie.
Peau de porc, elle n'est pas tannée
par les moyens ordinaires qui la fragiliseraient, mais
préparée à
l'alun, substance qui lui conserve sa résistance naturelle.
Elle offre
une surface raboteuse et inégale, très
élastique, on peut l'utiliser
côté chair en "daim".
Elle ne met pas la dorure en valeur; en revanche elle s'accommode
très bien des frappes de motifs ou de plaques à
froid.
Les pays de culture germanique l'ont privilégiée,
particulièrement au XV et XVIe siècle pour les
reliures monastiques.
Le cuir de Russie.
Le
cuir de Russie se prépare avec de la peau de cheval, de veau
et de
chèvre. Pour la reliure, on emploie seulement les veaux
minces et les
chèvres. Pour matière tannante, on fait usage
d'écorce de saule, de pin
ou de bouleau, ou d'un mélange de ces trois
écorces qui l'immunise
contre les moisissures et les insectes. Quant à l'odeur qui
le
caractérise, on la lui communique en
l'imprégnant, du côté de la chair,
d'une huile empyreumatique provenant de la distillation de
l'écorce de
bouleau. Cette huile, qu'on appelle vulgairement huile de Russie, doit
elle-même sa propriété aromatique
à un principe particulier qui à reçu
le nom de bétuline.
Enfin, la couleur roussâtre se donne avec une
décoction de santal rouge et de bois de Brésil
dans l'eau de chaux.
Depuis plusieurs années, on imite à Paris,
à Vienne et à Londres, le
cuir de Russie, et les imitations sont quelquefois aussi belles et
aussi durables que les produits d'origine russe, dont elles ont
d'ailleurs les autres propriétés (selon Roret).
C'est une matière de
luxe.
Le galuchat.
C'est une peau de poisson, requin ou raie
qui servait au XVIIIe siècle pour les reliures d'almanachs.
Il redevint
à la mode en 1925.
La Peau humaine. Introuvable en peausserie…et
comme il n'y à plus de bourreau... pourtant la
matière première ne
manque pas et court les rues!
Les plus anciens livres connus reliés
en peaux humaine ne remontent pas au-delà du XVIIIe
siècle.
L'Angleterre et l'Amérique sont également riches
en spécimens de cette
nature, mais c'est en Grande-Bretagne que se rencontrent les plus
anciens, datant de la seconde moitié du XVIIIe
siècle. La B.N possède
une bible du XVIIIe (fond de la Sorbonne), des manuscrits sur peaux de
femmes et une Danse de la Mort d'Holbein relié primitivement
par Mr
Firmin-Didot avec la peau d'un matelot tatoué
d'étranges histoires
d'amour et des portraits de ses officiers, les coins recouverts avec
ses deux seins et les plats avec la peau de sa poitrine.
Bref, de Crauzat consacre quinze pages à ce genre de
reliures.
La
peau humaine est proche de celle du cochon : le pore du porc (!) est
triangulaire, tandis que celui de l'humain forme un
quadrilatère, un
examen à l'aide d'une loupe permet de les
différencier. (Hugues : cette
distinction a été apportée par
Christian Galantaris lors d'une vente à laquelle j'ai
assisté)
Un
exemplaire relié en peau humaine est passé en
vente en aout 2007, lors
des quatre jours de vente à Montignac (je n'ai pas le
résultat pour ce
lot, l'estimation était de 2500e). (Hugues
: j'ai enchéri
deux fois sur ce lot, la première fois où il est
passé en vente à
Versailles et a été remporté par un
libraire parisien, pour 1500 euros,
la seconde fois lorsque le libraire l'a remis en vente à
Montignac,
mais je n'ai plus le montant d'ajudication).
Il
s'agissait d'un manuscrit in-12 de 56 ff., relié type cuir
de Russie
havane, dos à nerfs orné, coupe
filetés, dentelle intérieure, reliure
de l'époque, 56 sentences contrecollés
tirées pour la plupart de
Sénèque, ou de l'imitation de
Jésus-Christ, une étiquette manuscrite de
l'époque indique que la reliure serait en peau humaine
(Hugues : ayant
l'ouvrage entre les mains, je précise que les sentences
étaient sur les
femmes, et qu'il était précisé
très exactement : "reliure en peau de
femme"... l'exemplaire parfait, si on ose dire).
A relire également sur le blog :
http://bibliophilie.blogspot.com/2007/06/les-reliures-en-peau-brrr-humaine.html
Le chagrin.
C'est
une peau de cheval, d'âne sauvage ou de mulet. Pour
matière tannante,
on se sert de tan de chêne ou d'alun. Enfin, on produit le
grain d'une
façon assez bizarre. Après avoir ramolli la peau,
on l'étend dans un
châssis, puis on répand, sur le
côté de la chair ; la semence dure et
noire de l'Arroche sauvage (Chenopodium album des botanistes),
après
quoi on la piétine pour y faire bien
pénétrer les graines, et l'on fait
sécher. Quand la peau est devenue sèche, on la
secoue pour en faire
tomber les semences ; elle paraît alors criblée de
petites cavités
produites par la pression des semences. Plus tard, à la
suite de
certaines manipulations, toutes ces parties
déprimées augmentent de
volume et, en se soulevant, donnent naissance aux tubercules que l'on
veut produire.
Un chagrin
Un autre chagrin
La
fabrication du chagrin existe en Europe, notamment en France, depuis
une cinquantaine d'années au moins, mais elle n'y a pris
quelque
importance qu'après 1830. Elle n'emploie, du moins pour la
reliure, que
des maroquins ou des moutons maroquinés.
Autre chagrin
Enfin,
il convient de rappeler que le veau est certainement le plus
employé de
tous les cuirs. Selon sa qualité, il a revêtu
différentes apparences,
du veau jaspé dont les tâches masquaient les
imperfections au superbe
veau de couleur de l'époque romantique, en passant par le
veau blond,
si prisé au XVIIIe siècle.
Des peaux exotiques peuvent êtres
employées pour couvrir les livres : telles celle de serpent,
de requin,
autruche, lézard, phoque, saumon, esturgeon, buffle,
caïman, perche du
Nil, Julienne, …
Reliure en peau de
serpent
Le
stockage des peaux se fait dans du papier, dans un local ni trop chaud
ni…trop humide, les peaux grainées
roulées côté fleur vers
l'intérieur,
les peaux lisses côté fleur vers
l'extérieur, ou bien dans des tiroirs
à plats.
Où acheter des peaux aujourd'hui? Chez des peaussiers,
tanneurs, notamment Jullien (42, rue St Jacques, Paris) et Relma qui
vend aussi du matériel de reliure (6, rue Danton, Paris)
Sources consultées :
Mme
Wolf-Lefranc, Ch. Vermuyse (professeurs à l'école
Estienne)-La reliure,
J.B Baillière 1979, 3éme édition (il
existe une 4éme édition)
Chistian Galantaris-Manuel de bibliophilie, partie dictionnaire, Ed.
des Cendres, 1998
Henri Desmars-Histoire et commerce du livre, G.I.P.P.E, 1998
Annie Persuy et Sün Evrard-La reliure, Denoël, 1983
Et aussi, http://www.moulinduverger.com (manuel Roret en ligne)
Pour les reliures en peaux humaines : E.de Crauzat-La reliure
Française de 1900 à 1925, 2 volumes
Article
rédigé par Xavier
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