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L'amour qui bouquine
Livres
anciens, rares et curieux
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14
rue du Miroir
21150 Alise-Sainte-Reine - France Tél. 03 80 96 95 57 - 06 79 90 96 36 e-mail : librairie-alise@wanadoo.fr |
Il est « l’acteur »
principal d’une extraordinaire vente de livres qui
s’est déroulée à Paris en 5
vaccations de 1934 à 1935.Situons tout d’abord le personnage. ![]() ![]() ![]() Henri Beraldi meurt à Paris en 1931. Il laisse une des plus magnifiques bibliothèques de son temps. Une partie de sa bibliothèque consacrée aux Pyrénées est léguée à la bibliothèque de la ville de Toulouse. ![]() Ce ne sont pourtant que 1.499 livres qui seront proposés lors de ces ventes. Mais
pour Henri Béraldi, l’immensité, la
magnificence n’est pas dans le
nombre : « Le titre de bibliophile, disait-il, ne devient
intéressant
que s'il désigne un homme qui dans la mesure de ses forces,
soit un des
facteurs actifs du maintien et du renouvellement des 4 arts : la
Typographie, l'Illustration, la Gravure et la Reliure. »![]() Une telle concentration de beauté, je dois l’avouer, donne le tournis ! On lit, on mange des yeux ces catalogues de la vente de la bibliothèque Béraldi comme on mangerait la plus délicieuse des friandises… La bibliophagie n’est pas loin ! Que nous réserve cette vente ? ![]() Les livres illustrés du XVIIIè siècle pour la seconde partie (277 numéros) avec les plus belles éditions et reliures possibles. L’époque romantique et des livres illustrés de 1801 à 1875 pour la troisième partie (511 numéros – ce qui représente la plus grande partie de la bibliothèque). La quatrième partie est consacrée aux illustrés modernes avec 209 numéros et enfin la cinquième et dernière partie est un mélange des différentes périodes allant du XVIè au XXè siècle. Etourdissant ! Résultats ? Le total général de l’ensemble des 5 ventes s’élève à 9.831.160 francs de l’époque, ce qui réprésenterait aujourd’hui en francs et euros constants (source tableau INSEE), la bagatelle de 6.794.118 euros. ![]() - Les Mémoires de Commines, 1581, dans une riche reliure à la fanfare exécutée par les Eve. Adjugé 19.000 francs ou 13 000 euros. - Les Fables de La Fontaine illustrées par Oudry, 1755-1759, 4 volumes in folio, reliure en veau ancien avec les fers spéciaux et décor à la dentelle du Louvre sur les plats. Adjugé 10.600 francs soit plus de 7 300 euros. - Les Odes et Ballades de Victor Hugo. Avec les Orientales. 1828-1829, ensemble 3 volumes reliés par Thouvenin. Adjugé 2.080 francs soit près de 1 450 euros. - Madame Bovary de Flaubert, édition Lemerre 1874, reliure de Marius-Michel. Avec des dessins originaux. Adjugé 7.100 francs soit plus de 4 900 euros. Il me faut vous dire maintenant tout l’intérêt de l’exemplaire que j’ai en mains des catalogues de cette vente. Il s’agit d’un exemplaire ayant appartenu à un des plus grands collectionneurs français du XXè siècle d’argenterie et de porcelaines anciennes. On l’appellera Monsieur T. (parce que je sais que ses enfants sont encore vivants et que je ne souhaite pas d’ennuis pour divulgation de documents privés même si je pense qu’il doit y avoir prescription maintenant…), il était visiblement à ses heures perdues également bibliophile ! Tous les vices ne s’excluant jamais vraiment mutuellement… ce qui serait trop beau… J’ai la chance d’avoir retrouvé dans ces catalogues, trois lettres autographes signées du libraire et expert de la vente, Léopold Carteret, bien connu également des bibliophiles. Il s’agit de trois courriers relatifs à des ordres donnés par Monsieur T. sur quelques numéros de la vente. Mais lisez plutôt : Lettre n°1 : ![]() Cher Monsieur, Fiasco. 224. Feuilles d’automne 2000 mais par erreur daté de 1838 au lieu de 1830 Comme dit votre frère j’ai laissé tomber les Feuilles – 469. – Offre 6 à 8000 – adjugé 15.500. Voulez-vous être assez aimable de téléphoner à Monsieur H. que le 236. Janin offre 1000 à été adjugé 2000 f. Votre dévoué. LCarteret. » Lettre n°2 : ![]() Cher Monsieur, Voici mon sentiment sur les livres qui vous intéressent chez Béraldi. 53.54. cuirs intéressants ouvrages documentaires ça n’est pas du grand art 3 à 3500 chaque 4000 maximum 55. riche et belle reliure dessins importants – même observation 50 dessins à 125 f. – 6000 env. 3000 reliure Total 8 à 10.000 116. Lepère 3000 environ 3200 Tout à votre disposition, votre dévoué. LCarteret. » Lettre n°3 : ![]() Cher Monsieur, Je me permets de vous signaler le n°9. Personnages de comédie. C’est un bel artiste et ce recueil sort de l’ordinaire. 7 à 8500 environ. Votre dévoué. LCarteret. » Diantre !! que ne me contenterais-je de l’ « ordinaire » dénoncé par Monsieur Carteret !! Cet ouvrage aura fait finalement 6.400 francs, moins que prévu malgré tout ! Je ne sais pas si Monsieur T. en aura été l’heureux acquéreur puisque je n’ai malheureusement pas les courriers suivants… Par contre, ce que Monsieur T. a fait par ailleurs, c’est de noter dans la marge de l’ensemble des catalogues en plus du prix d’adjudication pour chaque, le nom de l’adjudicataire, certainement à chaque fois que Monsieur T. le repérait vainqueur dans la salle. Et là nous avons des informations précieuses sur qui achetait quoi et combien. Je ne vous en citerai que quelques uns pour le plaisir de la découverte. Ainsi, un certain M. Gibour, une Mme Pratt, le Baron Henri de Rotschild, M. de Marinis, Mme Founès, le Général Wilhems, une Mlle a…, Mme J. Charpentier, M. Maurice Vignes, Marquise de Mardrallat, W. d’Eichtal, colonel du Tillet, Madame la Princesse de Broglie, Princesse d’Arenberg, etc. M. Gibour se voit adjuger plus d’une trentaine de lots pour l’ensemble des ventes… hallucinant ! Je m’arrête là pour ne pas devenir ennuyeux. Le luxe écoeure lorsqu’il va jusqu’à l’excès… Je pense mon exemplaire précieux à plus d’un titre, car il contient certains commentaires personnels sur cette vente, des noms, des chiffres, des dates, qui en font un outil unique pour étudier le marché de la bibliophilie dans ces années 1934-1935. De la haute bibliophilie ! me direz-vous. Et vous aurez raison. La vente Béraldi a été une vente comme n’y en a que quelques unes par siècle. Au XVIIIè siècle il y a eu la vente De Bure et quelques autres plus discrètes, au XIXè siècle les ventes Solar, Yemeniz, Lebeuf de Montgermont, au XXè siècle il y aura eu Béraldi, Rahir, Esmerian et biensur Bérès, à cheval sur deux siècles, l’ancien et le nôtre désormais. Berès qui ne s’annonce pas moins exceptionnelle d’ailleurs puisque nous en sommes déjà à la sixième vente du fonds de sa librairie (17 et 18 décembre prochain pour ceux qui l’auraient oublié…). Question chiffre ? Bérès arrivait à près de 30 millions d’euros à l’issue de la cinquième vente en décembre 2006. Ne vous effrayez pas. Je vous ai montré ici un « Monstre » au sens littéral et essayé de faire le compte rendu post-mortem d’une vente monstrueusement sublime. Si vous n’aviez qu’une seule chose à retenir de ce vain persiflage comme dirait le vénérable Jorge… Retenez celle-ci qui je pense ne pourra que vous bien servir dans votre passion bibliophilique, naissante pour les uns, bien enracinée pour les autres ou vacillante pour quelques uns ; retenez la phrase de Béraldi lorsqu’il disait en faisant visiter sa bibliothèque à un néophyte : « Le nombre est peu, le choix est tout. » Et surtout, si vous croisez sur votre route de bibliophile un exemplaire portant cette marque : ![]() Amitiés bibliophiliques, Bertrand |